La science en bref
Il tousse depuis trois jours. Le nez qui coule n’en finit plus. Et cette semaine-là, justement, il s’est couché tard plusieurs soirs de suite.
Ces deux choses n’ont peut-être rien à voir entre elles. Ou alors, Ce n’est peut-être pas un hasard.
En bref
- Une équipe de l’INSERM a suivi le sommeil de 687 enfants entre 2 et 5 ans, dans le cadre de la cohorte EDEN
- Les enfants au sommeil le plus court, ou dont le sommeil diminuait avec le temps, présentaient des marqueurs inflammatoires plus élevés à 5 ans — indépendamment des autres facteurs mesurés
- Le lien entre sommeil et immunité s’installe dès les premières années de vie, pas seulement à l’âge adulte
Ce qu’a montré la cohorte EDEN
EDEN, c’est une des grandes cohortes de recherche françaises. Près de 1 900 enfants nés entre 2003 et 2006, aux CHU de Nancy et de Poitiers, suivis depuis leur naissance jusqu’à l’école primaire.
Une équipe menée par Sabine Plancoulaine (Centre de recherche en épidémiologie et statistiques, Paris) s’est penchée sur 687 de ces enfants. Grâce aux questionnaires remplis par les parents, les chercheurs ont reconstitué les habitudes de sommeil de chaque enfant entre 2 et 5 ans, et les ont classées en cinq trajectoires : sommeil court, moyen-faible, moyen-élevé, long, ou changeant d’une période à l’autre.
À 5 ans, une prise de sang a permis de mesurer certaines cytokines — des messagers chimiques que le système immunitaire utilise pour communiquer et déclencher l’inflammation quand c’est nécessaire.
Les enfants au sommeil le plus court (moins de 10h30 par nuit, 4,9 % du groupe) ou dont la durée de sommeil diminuait entre 2 et 5 ans (5,6 % du groupe) avaient des niveaux plus élevés de ces marqueurs (IL-6 et TNF-α), et ce indépendamment des autres facteurs pris en compte par l’étude.
En excès, ces molécules sont associées à un état inflammatoire qui, sur la durée, n’est pas neutre pour la santé. Rien d’alarmant dans l’immédiat pour un enfant qui passe une mauvaise nuit — mais le mécanisme est réel : sommeil et immunité fonctionnent ensemble, et ce lien s’installe dès l’enfance. L’INSERM observe le même phénomène chez l’adulte — un manque de sommeil chronique va aussi de pair avec une hausse de ces marqueurs.
Ce que ça change concrètement
Ce n’est pas une mauvaise nuit isolée qui compte. C’est la tendance sur plusieurs semaines, plusieurs mois. Un enfant qui dort régulièrement en dessous de ses besoins — même de peu — met à l’épreuve un système immunitaire qui, lui, a besoin de repos pour bien fonctionner.
C’est aussi une bonne nouvelle : pas besoin de viser la nuit parfaite chaque soir. Un rituel du coucher stable et des nuits qui respectent les repères recommandés selon l’âge suffisent parfois à faire la différence.
Si les infections reviennent souvent malgré des nuits qui semblent correctes, ça reste une question à poser au pédiatre — le sommeil est un facteur parmi d’autres, pas une explication à tout.
Source : INSERM, 8 février 2022, « Sommeil et immunité, des liens étroits dès les premières années de vie » (communiqué, cohorte EDEN)
Étude : Radmanish, M., Khalfallah, O., Glaichenhaus, N., Forhan, A., Heude, B., Charles, M.-A., Davidovic, L., & Plancoulaine, S. (2022). « Sleep duration trajectories associated with levels of specific serum cytokines at age 5: A longitudinal study in preschoolers from the EDEN birth cohort. » Brain, Behavior, & Immunity – Health, 21, 100429. https://doi.org/10.1016/j.bbih.2022.100429
