« Quand je serai grande, j’aurai plein de bébés »
Voilà…
Adolescente, je savais déjà que je voulais des enfants — 4 ou 5… Le premier à 20 ans, le deuxième avant mes 25 ans, et puis « le reste », comme si les enfants attendaient sagement leur tour. Bon, j’en ai 3. 😅
Je savais que :
- Je serais patiente, douce, et j’aurais de l’énergie à revendre
- J’aurais des réponses à toutes les questions
- Les repas se feraient dans la joie, autour d’une table bien mise — avec des légumes colorés, évidemment
- Je n’élèverais jamais la voix, jamais je n’aurais honte
- Mon enfant serait mon identique, forcément
- Ils seraient sages — en voiture, en salle d’attente, au restaurant, partout
- Le désordre ? Jamais
- Et surtout : je n’aurais pas besoin d’aide
Bref. J’avais des principes.
Avant de continuer, une chose importante :
Ce texte n’est pas un guide pour tout bien faire. C’est l’histoire de ce qu’on comprend quand la réalité débarque. Et elle débarque toujours — et elle a débarqué chez nous.
Dans cet article nous allons partager simplement :
L’idéal de maman parfaite : d’où il vient vraiment
Quand la réalité remplace le rêve
Pourquoi vouloir être parfaite épuise vraiment
Comment j’ai arrêté de courir après la perfection
Rêver grand, vivre vrai
L’idéal de maman parfaite : d’où il vient vraiment
Je m’étais construit une image très précise de mon rôle de maman. Elle était parfaite, sans accroc. Je l’avais rêvée tellement fort.
Cette image, elle venait de partout à la fois.
Des livres que j’avais lus. Des films regardés à la télé, où les mères semblent toujours savoir quoi dire au bon moment. De familles proches où tout semblait facile. Des couples croisés dans la rue, mine heureuse, bébé silencieux. De ces douces paroles entendues ici et là : « c’est le plus beau des cadeaux ». De mon imagination aussi. Et de ma propre enfance — ce que je voulais reproduire, ou surtout pas.
Au départ, ça tenait. J’avais un bébé — facile à vivre, il faut le dire honnêtement. Ces premiers mois, je les ai adorés. Un tout petit être parfait, les gazouillis, les premiers sourires, ces petits yeux pleins d’amour. C’était exactement comme je l’avais imaginé — tout beau, tout rose.
Oui, c’était fatiguant. Oui, parfois stressant. Mais rien d’insurmontable. J’étais fière — fière de porter cette responsabilité immense, épanouie, soulagée de me dire : tu vois, tu y arrives.
Le schéma fonctionnait. J’y croyais.
Puis il a grandi, c’est devenu moins facile — et je suis passée d’un enfant unique à une famille nombreuse. Désirée, je vous rassure. 😊
Mais c’est là qu’on l’entend, cette remarque « Tu les as voulus, personne ne t’a forcée. »
Quand la réalité remplace le rêve
L’envie de tout gérer — trop. L’impression d’en avoir dix à la fois. Les émotions qui débordent, les larmes qui arrivent sans qu’on sache vraiment pourquoi. La fatigue qui s’installe — pas juste dans le corps, mais dans la tête aussi.
La pression sociale, parce qu’on a lu, vu, entendu qu’il faut faire comme ci, être comme ça. Les doutes, ce sentiment d’être incapable alors qu’on avait tellement voulu y arriver. L’incompréhension — ce « pourquoi moi, pourquoi je n’y arrive pas ». Les moments où on ne se comprend plus avec son conjoint. Et parfois, l’envie de claquer la porte — tout en aimant ses enfants plus que tout.
Et cette colère sourde, un peu bizarre, un peu honteuse — en vouloir à personne et à tout le monde à la fois. Pourquoi personne ne m’avait prévenue que ce ne serait pas beau tous les jours ? Ou peut-être qu’on me l’avait dit. Peut-être que je n’avais pas entendu. Ou que je n’avais tout simplement pas voulu croire.
Et quelque chose de plus fort que tout : la déception de réaliser qu’on allait mal.
Avoir des enfants, avoir une famille — c’était un rêve, non ? Et pourtant je me surprenais à faire exactement ce que je m’étais juré de ne jamais faire.
Pourquoi vouloir être parfaite épuise vraiment
On aime bien comprendre ce qu’on fait. Alors on s’est un peu renseigné.
Une chose nous a frappés : des chercheurs de l’Université Catholique de Louvain ont suivi des parents sur un an et montré que plus on se compare à l’image du parent idéal qu’on avait rêvé d’être, plus on s’épuise — et plus on s’épuise, plus l’écart avec cet idéal nous pèse. Un cercle qui s’emballe tout seul. Ce n’est pas un manque d’amour. C’est de la mécanique.
Ce n’est pas l’idéal lui-même qui pose problème. C’est l’écart entre l’idéal et ce qu’on vit réellement. Plus cet écart est grand, plus il épuise. Et plus on est épuisé, plus l’écart semble immense.
Autrement dit : le schéma qu’on s’était construit n’était pas le problème. Le problème, c’était de continuer à s’y accrocher alors qu’on n’avait plus les ressources pour y arriver.
(Roskam, Philippot et al., 2021, Self and Identity )
Comment j’ai arrêté de courir après la perfection
À un moment donné — ne me demandez pas ni quand ni comment, je n’en sais rien moi-même — j’ai dit STOP. Et quelque chose a changé.
J’ai pris conscience qu’il fallait arrêter de faire semblant d’avoir de l’énergie que je n’avais pas. De sourire quand j’étais à bout. De jouer la scène du parent parfait devant les proches ou les inconnus. De répondre « ça va » quand ce que je voulais dire, c’était « non, pas du tout ».
J’ai arrêté d’avoir honte du regard des autres, de me demander ce qu’ils penseraient de mes enfants — ou de moi. Et j’ai arrêté de croire que j’étais seule. (Bon, tout ça, c’est encore en cours. 😅)
J’ai aussi arrêté de ne retenir que le mauvais : la mauvaise réaction, le mauvais mot, le mauvais moment, le mauvais comportement — des enfants ou de moi-même. J’ai essayé — au début maladroitement — de faire l’inverse. De nommer les petites victoires, même minuscules. 🥹
(C’était l’idée de mon cher mari. Je lui laisse le crédit.)
Il m’a aussi appris à me poser une question toute simple, avant de m’emballer : « Est-ce que c’est grave ? » Ça paraît bête comme ça. Mais croyez-moi, ça change tout.
(Encore lui. Je commence à me demander qui est le plus malin des deux. 😄)
Et puis, j’ai accepté l’aide extérieure.
Parfois juste un appel à une amie, à ma sœur ou à ma maman. Ensuite un bon psy — pas celui qui se contente de vous écouter, mais celui qui vous comprend et vous guide vraiment.
Et pour moi, la pépite : le mail du matin des Fabuleuses. Une trouvaille inattendue sur le net qui m’a rappelé, tout simplement, que je n’étais pas la seule à traverser ça. Je t’invite si tu es curieuse à découvrir le site des Fabuleuses.
Le bazar dans la tête s’est apaisé. Ce n’est pas le grand calme non plus — mais on progresse, mon mari et moi, un jour après l’autre. Et parfois on craque encore. C’est compris dans le programme. 😅
Et Pango dans tout ça
Pango n’était pas là à l’époque. Et franchement — il nous aurait bien aidé. Mieux vaut tard que jamais.
Aujourd’hui, il accompagne nos enfants. Simplement. Une histoire. Une voix. Un apaisement.
Et si ces histoires peuvent vous aider, vous aussi, c’est une victoire pour nous. N’hésitez pas à nous laisser un commentaire — vos expériences sincères nous touchent et nous donnent l’envie de créer.
Rêver grand, vivre vrai
Cet idéal, imaginé par une petite fille qui rêvait déjà du jour où elle serait maman, n’était pas complètement faux.
Elle n’avait pas tort. Elle était juste immature et rêveuse — comme tous les enfants le sont.
Ce n’est pas elle qui avait tort. C’est nous, adultes, qui avons mis du temps à comprendre que le rêve n’avait pas besoin d’être parfait pour être beau.
Je n’ai pas tout raté. J’ai juste idéalisé un schéma qui, de toute façon, n’existe nulle part.
J’ai le droit d’être juste… bien. Pas parfaite. Juste là, du mieux que je peux.
« C’était la preuve que je demandais trop à un seul être humain. »