Écrit par des parents pour des parents
21h40.
Les enfants dorment enfin. La maison fait ce bruit particulier qu’elle ne fait qu’à ce moment-là : plus rien.
On s’assoit sur le canapé.
Et là, cette phrase un peu bizarre qui arrive : « Bon. J’ai une heure devant moi. Je fais quoi ? »
Prendre du temps pour soi quand on est maman, sur le papier, ça paraît simple. Dans la vraie vie, beaucoup moins.
Il y a la fatigue. Il y a la liste de choses en retard. Et il y a cette petite voix qui souffle : « tu pourrais quand même plier le linge. »
(Vous voyez de quoi on parle, non ?)
Avant de commencer, une chose importante
Nous ne sommes pas spécialistes. Ni psychologues, ni thérapeutes, ni coachs.
Nous sommes des parents qui ont voulu comprendre pourquoi c’était si compliqué de souffler… et qui ont commencé à tester des choses.
Il n’y a pas de solution miracle dans cet article. Juste ce qu’on a lu, ce qu’on a observé à la maison, et ce qui a tenu (ou pas).
Dans cet article
- pourquoi souffler paraît si difficile, même quand on a le temps
- ce que la recherche dit de la charge mentale, et du temps qu’on prend pour soi
- notre réalité, du premier enfant au troisième
- ce qui aide vraiment, en pratique
- quoi faire les jours où rien ne fonctionne
Pourquoi c’est si dur de prendre du temps pour soi quand on est maman
On a longtemps cru que c’était une question d’organisation. Trouver le créneau, et le problème serait réglé.
On a remarqué que ce n’était pas tout à fait ça.
Le corps peut s’asseoir. La tête, elle, met beaucoup plus de temps à suivre.
Il y a une partie du travail parental qu’on ne voit jamais : penser au rendez-vous chez le dentiste, vérifier la taille des chaussures, se souvenir que le doudou est resté à la crèche, anticiper le goûter de demain. On connaît toute cette charge mentale.
Ce qu’on mesure moins, c’est qu’elle ne s’arrête pas quand on s’assoit. Elle continue de tourner pendant qu’on croit se reposer.
Attention, ça ne veut pas dire que ces cinq minutes sur le canapé ne servent à rien. Elles servent. La recherche est même assez claire là-dessus, on y revient juste après.
Ça veut dire qu’elles servent encore plus quand on arrive à faire redescendre ce qui tourne, en même temps. Fermer une porte. Poser la liste sur un papier. Prévenir qu’on décroche.
C’est tout l’objet de la suite de cet article.
Il y a aussi l’autre morceau, moins avouable : la culpabilité.
Chez beaucoup de mères, s’accorder du temps ne se vit pas comme un besoin. Ça se vit comme quelque chose qu’on prend à quelqu’un. Aux enfants. Au conjoint. Au ménage. Et une pause qu’on s’autorise à moitié n’en est pas vraiment une.
On ne dit pas que c’est logique. On dit juste que c’est très répandu. Si vous vous reconnaissez là-dedans, vous êtes très loin d’être seule.
Ce qu’on a appris en se renseignant
On aime bien comprendre ce qu’on fait. Alors on s’est un peu renseigné.
Une première donnée a retenu notre attention.
Dans une étude américaine menée auprès de 322 mères de jeunes enfants, les mamans déclaraient assumer environ 73 % de la charge mentale du foyer — la part invisible : anticiper, décider, vérifier — contre environ 64 % des tâches concrètes. Et c’est cette part invisible, bien plus que les tâches elles-mêmes, qui était associée à plus de stress, plus d’épuisement et un moral plus bas.¹
Restait la vraie question : est-ce que prendre du temps pour soi change quelque chose, concrètement ?
Une deuxième étude y répond assez directement, et c’est celle qui nous a le plus marqués.
318 parents ont été suivis pendant huit jours. Chaque soir, ils indiquaient s’ils avaient eu l’occasion de prendre un moment pour eux. Pendant quatre de ces journées, leur cortisol — l’hormone du stress — était aussi mesuré, quatre fois par jour. Les jours avec un moment à soi, les parents allaient mieux : plus d’émotions positives, moins d’émotions négatives, et une courbe de cortisol qui redescendait mieux en fin de journée, signe d’une récupération plus complète.²
Ce qui nous a frappés, c’est que ça se joue au jour le jour. Pas sur les grandes vacances. Sur la journée d’aujourd’hui.
Et au passage, ça dit quelque chose de la culpabilité dont on parlait plus haut. Ce moment pour soi, il n’est pas pris aux enfants. C’est lui qui permet d’être là, vraiment là, le reste du temps.
Prudence quand même : ces travaux montrent des liens, pas des causes. Et l’étude sur les 318 parents ne dit pas ce qu’ils faisaient de ce temps — juste qu’ils en avaient eu.
Ce qu’on en retient, nous, tient en deux idées.
La première : la charge mentale ne s’arrête pas parce qu’on s’assoit. Elle est là, elle continue, et c’est pour ça qu’une pause à moitié n’en est pas une.
La deuxième : ce qui compte, ce n’est pas tellement la durée. C’est d’être vraiment dans sa bulle. Un moment posé, coupé, où plus rien ne réclame. Même court.
Notre réalité, du premier au troisième
Avec le premier enfant, tout est différent.
On veut être présents. Disponibles à 100 %. Parfaitement.
On a choisi d’être parents, alors ça paraît normal de faire passer le bébé avant tout le reste. Et puis on apprend, avec le temps, que rien n’est aussi simple. On se sent vite dépassés.
Ce qu’on ne nous avait pas vraiment expliqué, c’est que garder sa bulle, régulièrement, seul, c’était essentiel.
Dans les premiers mois de notre fille, on a mis en place un planning avec mon mari. Toutes les tâches, sans distinction. Les temps seul pour chacun. Et les temps en duo avec le bébé.
C’est une façon de faire assez simple : chacun son tour. On a fonctionné comme ça assez longtemps.
Cinq ans plus tard sont arrivés le deuxième et le troisième — chez nous, ils se suivent.
Et là, c’est devenu plus difficile. Mon mari travaille avec des horaires qui changent. On a aussi déménagé.
Le planning ne convenait plus.
Place au feeling. Au ressenti. À l’écoute de soi.
Aujourd’hui les enfants sont plus grands, et on continue de s’accorder du temps, l’un et l’autre. Ça a toujours été naturel ici : chacun a droit à son moment de décompression, sans avoir à le justifier.
Et puis, j’ai pris un week-end entier seule, à l’hôtel.
Ça a été un boost dingue. J’y ai pris goût, et je recommence maintenant deux fois par an.
Partir seule, volontairement, pour ne rien faire : grande première. Et j’en suis plutôt fière.
Et c’est là que le mot « ne rien faire » prend tout son sens. Il mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il est souvent mal compris.
Ne rien faire, ce n’est pas rester à fixer le plafond. (Quoique. Un plafond, ça ne réclame pas à manger, ça ne perd pas ses chaussures et ça ne se réveille pas à 6h. Il a ses qualités.)
C’est ne rien faire d’obligatoire. Aucune tâche, ni physique, ni mentale.
Et surtout : ne pas être sollicitée. Pas de « maman ». Pas de « maaaaaman ». Pas de cris à arbitrer depuis l’autre pièce.
Ne rien faire, c’est poser son corps et sa tête, et choisir ce qui fait plaisir. Pour moi, ça a été un restaurant, un cocktail, la piscine et un bouquin.

Je prenais déjà ce temps pour moi. Cinq minutes, une heure, une matinée, parfois une journée entière. Et c’est d’ailleurs par là que ça commence.
Si vous en êtes déjà là, sans culpabiliser, c’est une victoire. Continuez.
Ce qui aide vraiment
Voilà les choses qui, chez nous, ont fait une vraie différence.
- 🚶 Changer d’environnement — rester au cœur de la maison, c’est rester devant tout ce qui traîne.
- ✍️ Vider la tête avant, pas pendant — noter en deux minutes tout ce qui tourne, sur un bout de papier. Une fois que c’est écrit, la tête n’a plus besoin de le retenir.
- ⏱️ Viser même 5 minutes — cela vaut mieux qu’une heure qu’on repousse à plus tard.
- 🗣️ Prévenir avant de décrocher — dire « je prends vingt minutes » à voix haute change tout. À son conjoint, et même à ses enfants.
- 🎧 Se mettre dans sa bulle — de la musique, ou une série. Le casque suffit à mettre la maison à distance.
- 🧺 Laisser le ménage où il est — ça peut attendre demain. Il n’y a pas mort d’homme. Vraiment.
- 🌿 Sortir se poser dehors — pas loin, pas longtemps. Juste pour respirer.
- 💬 Dire quand c’en est trop — mettre des mots, avant que ça déborde. Les enfants comprennent beaucoup mieux qu’on ne le croit, quel que soit leur âge.
- 📈 Laisser la place grandir — cinq minutes deviennent une heure. Puis une matinée. Puis une journée. Puis, un jour, un week-end.
- 📵 Le téléphone dans une autre pièce — le téléphone, c’est aussi l’agenda et la to-do list. Difficile de poser sa tête avec ça dans la main. Sauf pour regarder une série, là d’accord.
- 🪑 Les dix minutes avant de rentrer — arriver un peu en avance quelque part et s’asseoir sur un banc, sans se presser. Personne ne sait que vous êtes déjà là.

Un dernier, un peu particulier puisque c’est notre projet : au coucher, chez nous, les enfants écoutent une histoire audio, sans écran, sur une petite enceinte. Ce moment-là, c’est aussi souvent le premier moment calme de notre soirée. Si ça peut vous aider, les histoires du soir de Pango sont là pour ça.
Et si ça ne marche pas ?
Ça n’a pas marché tous les jours, ni toutes les semaines, chez nous. Loin de là.
Il y a des périodes où le seul objectif réaliste est de tenir jusqu’à dimanche. Ce n’est pas un échec.
Chaque famille est différente aussi. Certaines ont de la famille ou des amis proches, disponibles. D’autres non. Certaines ont deux adultes présents le soir. D’autres non. Ce qui fonctionne chez nous ne fonctionnera peut-être pas chez vous.
Peut-être qu’il suffit de viser plus petit que ce que vous imaginez. À adapter à votre quotidien, pas au nôtre.
Mais sans se résigner non plus. Sans se dire « je ne peux pas », « je n’ai pas le temps », « c’est facile pour les autres ». Ces phrases-là, on se les est dites aussi. Elles arrangent tout le monde, sauf vous.
Et si la fatigue dure depuis des mois, si plus rien ne fait envie, si les enfants deviennent une source d’agacement permanent plutôt que de joie — là, ce n’est plus une question d’organisation. Ça vaut le coup d’en parler à un médecin. L’épuisement maternel est documenté, et personne n’est censé s’en sortir seul.
Au fond, on n’a pas trouvé de méthode. On a trouvé des idées qui nous servent encore.
Ce qui épuise, c’est souvent ce qu’on porte dans la tête, pas ce qu’on fait avec les mains. Alléger la tête compte autant qu’alléger la liste.
Le repos ne se trouve pas dans ce qui reste à la fin de la journée. Il se pose quelque part, à l’avance, même petit.
Et si vous lisez ces lignes à 22h en vous demandant si vous avez le droit de souffler dix minutes : la réponse est oui. (Et ça, c’est important.)
Sources
¹ Aviv, E., Waizman, Y., Kim, E., Liu, J., Rodsky, E., & Saxbe, D. (2024). Cognitive household labor: gender disparities and consequences for maternal mental health and wellbeing. Archives of Women’s Mental Health, 28, 5–14. doi.org/10.1007/s00737-024-01490-w — 322 mères américaines. Limite : étude déclarative, à un seul moment, échantillon plutôt diplômé et aisé ; elle montre une association, pas un lien de cause à effet.
² Pauly, T. (2026). Personality moderates associations between personal time and parental well-being. Communications Psychology, 4, 30. doi.org/10.1038/s44271-026-00396-w — 318 parents américains, mères et pères, suivis 8 jours. Limite : le temps pour soi est mesuré par une simple question oui/non, et l’étude ne dit pas ce que les parents en faisaient ; elle montre un lien au jour le jour, pas une preuve de causalité.
Cet article partage une expérience de parents, il ne remplace pas l’avis d’un médecin.

